3 Hivers


L'hiver s'en vient. Le troisième dehors. Je ne sais pas comment j'ai fait pour tenir. Ce n'est pas destiné à tout le monde. Au delà des apparences, cette expérience est très haute, tant symboliquement qu'évolutivement.
Non pas que la vie au campement soit dure en soi, c'est tout ce qui est vécu à côté. 
Non pas non plus que la vie soit paisible, à marcher tranquillement en ville ou dans la nature, à contempler les arbres ou les oiseaux. Ce n'est pas le cas. Ça a été vécu par le passé mais sûrement que je devais rattraper le temps perdu dans la grande agitation, là où il n'y a plus le temps d'apprécier le temps, dans la grande matière dense et sa conquête.
C'est tout ce qui a été traversé jusque là et la force qu'il y faut pour tenir, pour ne pas que le moral dégringole, pour ne pas perdre pied et ça été le cas car je n'avais pas la connaissance de ça, de cette maîtrise, pas le savoir de la finalité de l'histoire.
On ne peut parler de choses que l'on n'a pas expérimenté. De même, qu'on ne peut pas aider autrui de la manière la plus efficace sans avoir vécu ses problèmes et en être sorti.
J'ai goûté à la misère en plein nez, parce que la densité de la matière où je faisais mon expérience a été trop dure à vivre pendant 4 ans, avec 2 années dehors. Et je me suis jugé, n'arrivant pas à réussir dans cette misère matérielle que j'appelle la ville ou société humaine, j'ai fini par croire que c'était moi qui la vivait. Alors que de savoir se débrouiller avec peu, savoir vivre dehors est tout simplement riche et grandiose, pour peu que l'on fasse attention à ce que l'on fait, et encore faut-il avoir impérativement son campement dans la nature. Un savoir faire toujours amélioré depuis 2008. Merci pour ça. 
L'hiver approche, les jours de pluie sont des jours de galère, mais à présent il n'y a plus de baisse de moral car je reste centré et focalisé sur un objectif et ne laisse plus la place au moi-inférieur, qui lui aussi, et d'une façon très utile pour la suite, a été assez expérimenté. 
Là où ça a été le plus dur, indirectement ma fille m'a fait tenir. Sans elle, il y a longtemps que je serais retourné dans ma région : les Pyrénées Atlantiques. Beaucoup plus verdoyant, avec une nature plus luxuriante, plus énergétique et beaucoup moins peuplé, beaucoup plus calme, serein et peu électromagnétisé en comparaison. On peut s'y ressourcer et s'y régénérer nettement mieux. 
Mais la vie m'a envoyé ici. Et j'ai compris pourquoi. J'ai mis 1 an à m'y faire à Nice tellement c'était dur au début. Je crois finalement que je ne m'y suis toujours pas fait. Toutefois, cette ville m'a appris des choses et m'a donné force, ancrage et un amour bien plus grand.
C'est dans l'aide à la personne que j'éprouve le plus de bien-être actuellement. Quand on aide quelqu'un à qui ça fait vraiment du bien, on sent son retour et appréciation envers soi, on se sent utile. 
Il est cependant difficile de se comporter en machine. Quarante-cinq kilomètres par jour en moyenne, même le dimanche, à peu près 3h dans ma voiture au quotidien, toujours à bouger, toujours à avoir quelque chose à faire, j'y mange dedans tous les midis, parfois le soir mais rarement, et me soucier d'avoir assez d'argent, bien m'occuper de ma fille qui passe en priorité...
Or à présent, l'état d'esprit est centré sur la réalité, en paix, vers du meilleur.

"Yopopop les loulous, c'est papa ! Attention attention, je rentre à la maison, on me laisse passer, yopopop, yopopop !" 
Ça c'est la phrase que je dis fort en rentrant le soir au campement quand il fait nuit tous les 15 mètres, en claquant des mains pour prévenir les sangliers. Parfois, ça grogne dans les bosquets sur les côtés. La nuit, il y en a plein.
Je me disais à un moment que j'en avais marre de retrouver cette misère, tous les jours. Mais ce n'est pas le campement en soi la misère, c'est cette difficulté à subvenir aux besoins matériels sur ce monde, cette ville, ces sociétés humaines. Des besoins matériels d'une société malade et déconnectée de tout, qui impose sa marche à suivre à tous, où la vie est devenue un produit de consommation, un objet, car l'humain en devient un aussi, alors il traite la vie de même. 
Par chance évolutive, j'y ai fait une fille. Obligé d'y rester. Conquérir la matière était une continuité de mes envies. Une suite logique. Car bien entendu, il est question de conquérir sa propre matière, diviniser son corps. J'y étais arrivé dans la nature 13 ans plus tôt, ici je ne pensais pas que ce serait aussi dur, que je m'y perdrais autant, même pas comme Adattreya. Non non, c'était bien plus dur. Et j'écrirai bientôt la suite d'Adattreya, la suite de Choisir d'être Vie, et un livre sur la Méthode Robdar, quand je serai sorti de cette grande et ultime épreuve, et qu'encore une fois, ça devienne une victoire. 
Car ce qu'on vit, là où on le vit, est une question de puissance évolutive. Y a des paliers de réalisation, des ouvertures à des moi plus grands ou universellement plus vastes, et ça peut être sans fin. Même la conquête du bas est sans fin, car tout part du centre. L'évolution est concentrique, non pas verticale et encore moins uniquement vers le haut. 
La matière expérimentée correspond aux chakras. Ceux-ci grandissent tout le temps, ainsi la puissance de la matière expérimentée.
De ce fait, la matière change tout le temps en fonction de ce qui est fait ou non dans les chakras et de leurs étendues universelles. Et ce n'est pas une question de démonstration extérieure dans l'abondance de biens mais de réalisations intérieures. 

Pour conclure, la misère matérielle n'est pas liée à la pauvreté ou richesse matérielle extérieure, c'est le fait de l'être ou pas à l'intérieur de soi. 
On peut être soit disant pauvre et très riche. Et qu'est-ce qu'être pauvre ? Est-ce que les sadhûs ou les moines s'intéressent à cette question ? Ça ne les concerne pas. Il n'y a que dans des sociétés qui prennent la vie pour un objet de consommation qu'il y a ces étiquettes et identifications.
En acquérant la richesse matérielle intérieure, on sort de tout ça. Et c'est cela la seule chose qui reste pour sa propre évolution : comment on a fait évoluer sa propre matière, en faisant avec ce qui est là à l'extérieur. Alors les biens extérieurs n'ont plus vraiment d'importance. On dépasse ainsi sa condition. Et c'est en n'en étant plus affecté, qu'on vainc l'épreuve. 
Le but n'est donc pas la réussite matérielle, mais le cap vers son moi-supérieur dans la matière, qui y apporte ainsi sa réussite.
On se doit de réussir en étant soi, pas en faisant du mimétisme.
Et la création commence avec ce que l'on met dans son corps.

Chaque matin avant de partir en ville